Emojis préhistoriques

Recherche collective, design graphique, archéologie

Archive vivante, archéologie des média, humanités

2019

Début 2019, suite au pronostic développé par des designers et des archéologues dans le cadre du projet Archéologie de l’invisible, on constate que certaines coutumes préhistoriques existent encore de nos jours. L’exemple le plus apparent est l’utilisation des emojis. De tous temps l’être humain reproduit son image. Que ce soit pour se projeter dans le monde, pour entretenir sa mémoire ou pour communiquer, les représentations anthropomorphiques sont toujours observables dans les sociétés modernes.


Cette recherche aborde la question des obsessions humaines, de l’archive vivante et de l’archéologie des média. La conférence du 5 mars 2019 sera l’occasion du lancement du projet collaboratif Emojis préhistoriques. Il regroupe des designers ainsi que des archéologues et est ouvert à toutes personnes et institutions intéressées par le développement de cette recherche.

L’archive est produite par les média qui, eux-mêmes, sont archives.

Il faut donc prendre en compte la technologie et les média dans l’approche archéologique.

Dame de Brassempouy, 29 à 22 000 ans BP, l’une des plus anciennes représentations réalistes de visage humain

Shigetaka Karita, 1999

Le recours aux emojis répond à des fonctions de soulignement expressif ou d’agrément visuel.

 

La clé de la compréhension repose sur la connaissance du contexte. Le plus souvent, les messages iconiques n’ont de sens que pour un groupe d’interlocuteurs, qui seuls maîtrisent les tenants et les aboutissants d’une situation, et sont capables de compléter les informations manquantes de la communication visuelle.

"La communication visuelle, nouveau créole", 
André Gunthert, 2017

Cast awayRobert Zemeckis, 2000

Le Paléolithique est la première et la plus longue période de la Préhistoire, presque contemporaine du Pléistocène, durant laquelle les humains sont tous des chasseurs-cueilleurs.Le Paléolithique commence avec l’apparition des premiers outils lithiques, il y a 3,3 millions d'années en Afrique. Il s'achève il y a 11 700 ans avec la fin de la dernière période glaciaire, qui ouvre la voie au Mésolithique, d'abord au Proche-Orient, puis en Europe et dans le reste du monde. 

La culture magdalénienne est la

dernière phase du Paléolithique supérieur européen, comprise entre environ 17 000 et 12 000 ans avant le présent.

Le Néolithique s’étend du VIIe au IIIe millénaire av. JC . Appelé  longtemps âge de la pierre polie en opposition au paléolithique, âge de la pierre taillé, le Néolithique se caractérise par une transformation profonde de l’humanité. L’homme devient sédentaire et met au point l’agriculture et l’élevage, il invente le tissage
et la vannerie et se regroupe dans de premières communautés qui donnent lieu à la création de village. 

 

Il prend fin avec la généralisation de la métallurgie du bronze et l’invention de l’écriture,
à partir de 3 300 ans av. J.-C.

La figuration de l’être humain dans l’art paléolithique est une thématique particulière. Moins présente que celle des animaux, elle nous renvoie sans conteste à la manière dont les sociétés se représentaient, donc se pensaient.

Image de soi en préhistoire, Oscar Fuentes, 2015

Fig. 16. Têtes humaines. Schémas de lecture. 1, 2. Saint-Cirq ; 3, 4. Gabillou, d'après J. Gaussen (1964) ; 5, 6. Comarque ; 7, 8. Les Combarelles, d'après C. Barrière (1997) ; 9–11. Bernifal ; 12. Fronsac ; 13–15. Rouffignac, d'après C. Barrière (1982).


Human heads. Plans of reading. 1, 2. Saint-Cirq; 3, 4. Gabillou, according to J. Gaussen (1964); 5, 6. Comarque; 7, 8. Combarelles, according to C. Barrière (1997); 9–11. Bernifal; 12. Fronsac; 13, 15. Rouffignac, according to C. Barrière (1982).

S’il s’agit de l’expression d’une certaine manière de se concevoir à une époque particulière, nous sommes en face de l’expression d’une identité sociale forte. Au Magdalénien, nous constatons non seulement une explosion numérique, sur tous les supports et toutes les techniques, mais aussi un affranchissement des règles et des idéalisations fortes, qui restent malgré tout présentes. La mise en place progressive de la culture magdalénienne en Europe s’accompagne de cette revendication de l’individu. La représentation de la silhouette humaine et les choix formels exprimés, peuvent aider, ou en tout cas participer, à mieux approcher les mécanismes sociaux et culturels des populations pléistocènes en Europe.

Les représentations humaines se posent comme un témoin particulier, une empreinte indélébile de leur « existence passée ». Comme le dit Y. Calméjane, « Mais que savait ce sapiens ? Quand homo sapiens a-t-il su qui il était ? Quand a-t-il compris qu’il était un homme ? Quand avons-nous compris ? » (Calméjane, 2006, p. 19).

Carte avec statue-menhirs en EuropeLa estatua-menhir del Pla de les Pruneres (Mollet del Vallès) [archive] Photos and draws: 1y 4.-Bueno et al. 2005; 2.-Santonja y Santonja 1978; 3.-Jorge 1999; 5.-Portela y Jiménez 1996; 6.-Romero 1981; 7.-Helgouach 1997; 8.- Tarrete 1997; 9, 10, 13, 14, 29, 30, 31, 32.-Philippon 2002; 11.-Corboud y Curdy 2009; 12.-Muller 1997; 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 Arnal 1976; 24 y 25.- Augusto 1972; 26 y 27.- Grosjean 1966; 34.- López et al. 2009.

Dibujo de las caras frontal y dorsal de la estatua-menhir del Pla de les Pruneres (Aida Alarcos)

Les pratiques de remix peuvent apparaitre comme emblématiques quant à l’utilisation créative d’archives et de matériaux existants. Ceci nous rappelle que l’archéologie des média est également pratiquée par des artistes. Pour Jussi Parikka, les installations d’artistes médiarchéologiques démontrent « l’applicabilité de l’archéologie des média en tant que méthode artistique » (Jussi Parikka, Qu’est-ce que l’archéologie des média, p. 241).

 

Fabriquer des média est ainsi un moyen d’approcher de façon critique l’histoire des média, à rebours d’une conception linéaire et holiste qui est celle des grands récits historiques. Investir les médialités du passé peut aider à comprendre notre condition médiale actuelle, et à découvrir des potentiels réactivables dans des idées non réalisées…

Jean-Christophe Sevin, « Jussi Parikka, Qu’est-ce que l’archéologie des média », 2018

Oneohtrix Point Never - Boring Angel

Directed by John Michael Boling